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Face à la solitude du chef d’entreprise…

Marc Binnié Apesa

Marc Binnié ApesaComment aider un entrepreneur à réagir lorsque les difficultés s’accumulent ? Greffier associé du Tribunal de Commerce de Saintes (17) et Président d’APESA France, Marc Binnié est en première ligne pour observer l’isolement des chefs d’entreprise confrontés à de graves problèmes financiers. Pour les soutenir et lutter contre la détresse psychologique, il a fondé le dispositif d’accompagnement Apesa.

– Peut-on dresser un portrait type du chef d’entreprise en difficulté ?

Marc Binnié : Ce qui caractérise souvent les dirigeants, c’est leur capacité à endurer de la souffrance et leur sens du sacrifice pour maintenir la structure à flot et payer leurs salariés malgré tout. Ils se plaignent rarement, et ont l’habitude de ne compter que sur eux-mêmes. J’en rencontre beaucoup qui donnent beaucoup, parfois trop, car leur projet d’entreprise envahit toute leur vie. Cette résistance est bien sûr une qualité pour entreprendre, mais s’avère néfaste en cas de difficultés. Ils sont souvent seuls. Nous avons fondé Apesa justement pour lutter contre cette solitude et proposer un soutien extérieur avant qu’il ne soit trop tard.

–  Apesa en quelques mots ?

M.B. Nous avons créé Apesa en 2013 avec Jean-Luc Douillard, Psychologue Clinicien. Ce dispositif permet à tout chef d’entreprise qui en éprouve le besoin de bénéficier d’une prise en charge psychologique, rapide, gratuite, confidentielle et à proximité de son domicile, par des psychologues spécialisés dans l’écoute et la prise en charge du risque suicidaire. Nous fonctionnons grâce à un réseau de sentinelles (juges, mandataires, administrateurs, greffiers, experts comptables, avocats…) qui côtoie ce public et peut détecter à temps une grande souffrance.

Lorsqu’une sentinelle repère une situation critique, elle envoie avec l’accord du dirigeant, une fiche d’alerte pour géolocaliser la personne en détresse et contacter un des psychologues du réseau, prêt à intervenir d’urgence. Tout ce dispositif est financé par des accords et mené en partenariat avec les chambres consulaires, des partenaires privés, des organisations patronales et du mécénat.

– Apesa est actuellement implanté dans 64 tribunaux de commerce dans toute la France. Cela montre toute la pertinence de votre association.

M.B. Oui, tout à fait, mais nous restons dans l’intervention de crise, quand la personne est au bout du rouleau, voire au bord du suicide. Le succès de notre réseau légitime le fait de parler ouvertement de sujets presque tabous, comme la gestion des émotions ou le bien-être du dirigeant. On évoque beaucoup la qualité de vie au travail, mais toujours côté collaborateurs. Qui se soucie de la santé du chef d’entreprise ? Contrairement aux salariés, l’activité du chef d’entreprise n’est pas régulée par un cadre législatif. S’il veut travailler au-delà de ses forces, il ne bénéficie d’aucun garde-fou autour de lui.

Je le compare souvent à un sportif de haut niveau : il est conquérant, il franchit les obstacles, mais il doit aussi savoir absorber les contre-performances et apprendre de ses échecs.

– Qui pourrait porter ces sujets ?

M.B. Toutes les organisations économiques et professionnelles, comme les syndicats, les clubs d’entreprises, les fédérations. Elles doivent former et informer leurs adhérents à une meilleure prise en compte de leurs émotions, à les inciter à prendre soin d’eux et détecter les symptômes en amont. L’entrepreneur est bien souvent englouti dans son projet, sans le recul nécessaire pour adopter les bonnes décisions. C’est un être humain avant tout qui a tendance à s’oublier.

Pendant la crise Covid-19, j’ai vu des dirigeants dont l’activité était à l’arrêt et qui étaient désemparés, car ils n’avaient plus d’existence lors de leur entreprise. Ce n’est pas une obligation de travailler 70H par semaine ! L’objectif est d’être épanoui à titre personnel et professionnel. Cette recherche d’équilibre est un combat permanent…

– Sarah Fournier, vous avez fondé ProActif il y a 6 ans, donc vous êtes vous-même chef d’entreprise. Que vous inspirent les propos de Marc Binnié ?

Sarah Fournier : Je le rejoins totalement : la gestion des émotions en amont est essentielle pour avoir du recul, favoriser la réflexion et garder l’équilibre. Nous sommes sans cesse confrontés à la fois aux attentes que peuvent avoir les salariés, les fournisseurs, les associés, l’entourage, et à une certaine forme de solitude. Faire appel à l’intelligence émotionnelle est une force, elle permet d’utiliser son émotion comme une alliée, qui met littéralement en mouvement et aide à prendre des décisions afin de conserver une bonne santé mentale et poursuivre son cap, quelle que soit la tempête en cours.

Apesa France en quelques chiffres :

Depuis 2013, plus de 2300 sentinelles ont été formées, et le réseau compte environ 1000 psychologues. En cas d’alerte, le délai de contact téléphonique est de 53 minutes.

En 2013, 12 fiches alerte ont été créées, avec une progression régulière : en 2019, Apesa France a pris en charge 1026 fiches alerte. Derrière chacune d’elles, il y a souvent une vie brisée de chef d’entreprise. www.apesa-france.com

 

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