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Nouvelles technologies : quels impacts sur l’emploi industriel ?

Le cabinet Valeurs & Ressources est spécialisé dans la stratégie, le management et la performance industrielle. Son fondateur, Vincent Rouet, mesure chaque jour les implications de la numérisation et de l’intelligence artificielle sur l’évolution des postes.

– Depuis 20 ans, la numérisation s’est largement implantée dans les usines. Quels changements observez-vous ?

Vincent Rouet : La numérisation n’est pas un sujet nouveau mais en revanche, de nombreuses technologies arrivent à maturité et sont désormais accessibles aux PME industrielles, ce qui n’était pas forcément le cas avant. Dans le monde de l’usinage par exemple, les machines actuelles, qui coûtent plusieurs centaines de milliers d’euros, nécessitent plus de temps de programmation que de temps de production. Nous gagnons donc en productivité et en main d’œuvre directe, dans l’atelier. Mais ces machines induisent plus de main d’œuvre indirecte, dans les services support. Cela implique de nouvelles compétences dans les PME et les ETI en termes d’informatique, de programmation, de logistique. Et cette évolution des compétences doit être accompagnée car elle bouscule les rôles dans la structure.

– Pourquoi ?

V.R. Si je garde l’exemple de l’usinage, auparavant c’est le tourneur-fraiseur qui détenait le savoir traditionnel dans l’atelier. Aujourd’hui il le partage à égalité avec celui qui sait programmer la machine et organiser la production dans l’atelier. Il y a donc une approche managériale innovante à prévoir pour redéfinir la place de chacun. Et revoir également le modèle économique : les machines sont chères, efficientes et elles permettent des gains de compétitivité importants, mais aussi modifient la structure de coûts de l’entreprise.

– Dans ces évolutions, on pense bien sûr à l’intelligence artificielle. Que constatez-vous sur le terrain ?

V.R. Il faut distinguer l’IA (intelligence artificielle) forte et l’IA faible. Avec l’IA faible, la machine doit aboutir pratiquement au même résultat que l’homme. Elle est plutôt fondée sur une énorme puissance de calcul et se trouve maintenant partout, dans les usines et les bureaux comme dans nos maisons. C’est presque devenu commun. Si je prends une fonction de dévracage, un robot doté d’une caméra va analyser toutes les pièces en vrac dans un conteneur et va être capable de choisir la bonne pièce la plus facile à attraper, comme le ferait un opérateur. Autre exemple, les outils de contrôle en continu des moyens. Sur le parc industriel, on fonctionne avec de l’entretien préventif. Grâce à la puissance de calcul de l’IA, cet entretien deviendra très vite prédictif grâce à des logiciels qui vont analyser les bruits émis par la machine, les vibrations, etc. Ils vont apprendre à interpréter ces signaux et à anticiper les défaillances.

En revanche, l’IA forte, celle de l’approche cognitive, n’est pas encore répandue. Prenons les véhicules autonomes : ils fonctionnent parfaitement dans un environnement fermé ou dédié, mais pour l’instant, ils ne savent pas gérer tous les impondérables que l’on rencontre dans la rue en situation normale. Cette intelligence artificielle forte est jusqu’à présent réservée aux très grands groupes, type Airbus ou PSA, qui dépensent des millions pour valider de nouvelles solutions. Les ETI et les PME commencent juste à être concernées.

Dans tous les cas, l’émergence de l’IA modifie les caractéristiques des profils recherchés, en termes de compétences et de comportement. L’intégration de l’IA modifie le rapport à la machine par le partage entre l’homme et les outils du traitement des données.

– Vous parlez d’évolution des compétences. Qu’en est-il des formations ?

V.R. Elles ne sont clairement pas au point. Certains métiers ne sont pas codifiés à ce jour, je pense à des gestionnaires de données ou des ingénieurs en impression 3D, une technologie qui représente une vraie révolution dans le monde de la production. Il n’existe pas encore de cursus adapté, principalement dans l’étude des matières imprimées en 3D. La situation est compliquée pour les services RH et les recruteurs. Les besoins s’expriment plus en termes d’analyse fonctionnelle que de profil : ces nouvelles technologies font appel à des compétences à la fois d’ingénierie industrielle, de supervision logistique, d’informatique… Une fois de plus, la solution viendra des grandes entreprises qui vont normaliser ces métiers émergents et créer sans doute leurs propres formations.

 

 

 

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